Ou comment se lancer dans une histoire à la congolaise…
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5 jours avant le 1er décembre, on se décide à créer un comité d’organisation des activités JMS à Kolwezi qui se dérouleront sur tout le mois
Cette année, pour le lancement du 1er décembre, la ville accueille le Gouverneur de la Province du Katanga et on a intérêt à mettre le paquet ! (Les autorités sont très respectées ici et on se plie en 4 pour eux.)
La Journée Mondiale du Sida est une occasion à saisir pour parler de cette maladie et faire passer les messages de prévention. Les habitants de Kolwezi sont très peu conscients du risque (quand ils ne nient pas complètement l’existence du VIH) et je suis convaincue que c’est dans ce genre de grande manifestation qu’on peut toucher un maximum de personnes, d’autant que la présence du Gouverneur renforce l’importance de l’évènement.
Mon entreprise ne pouvant pas apporter le soutien financier, je me suis engagée dans l’organisation pour soutenir personnellement ces initiatives et pour montrer que l’entreprise n’abandonne pas la population.
(Un grand respect entoure les représentants des sociétés minières, et les autorités comme la population attendent beaucoup de nous. Nous ne pouvons pas juste dire, « désolé mais nous n’avons pas d’argent pour soutenir la manif. »)
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Sept réunions en cinq jours plus une cérémonie officielle auront précédé la journée du premier.
Du boulot jusqu'à minuit et des repas sautés (j’ai aussi un travail à coté… L)
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Et alors les réunions congolaises sont quelque chose.
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« Merci monsieur le président de l’assemblée pour me donner la parole, et blabla bla
- Si je peux compléter ce que vient dire mon cher confrère et blablabla (le même blablabla)
- Je vous remercie de votre intervention et si je puis éclaircir un point qui me semble important…et blablabla »
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En trois intervention, nous avons dit la même chose qui se résumerait en : il faut trouver des voitures pour la caravane, qui s’en charge ?
« Je pense que c’est plutôt au comité logistique de s’en charger.
- Michel à l’habitude, il peut faire ca.
- Pourquoi pas Maurice qui a déjà les contacts ? »
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Ou bien : « Après le discours du Gouverneur, le Coordonateur du Comité peut dire son mot de lancement.
- Excusez moi Docteur, mais si on suit le protocole, personne ne peut parler après le Gouverneur (l’index pointé vers le haut qui rythme les mots): le point focal de la Mairie peut peut-être nous confirmer ceci ?
- En tout cas, bon.»
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(« En tout cas » étant une expression très fortement utilisée par les Congolais et ne voulant souvent rien dire dans la phrase, ou étant souvent une phrase par elle même) (« En tout cas mon cher.»)
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Au bout d’un moment, on peut entendre « qu’est qu’il y a Marie, tu es fatiguée ? (je dois être expressive) on a bientôt fini. Allez messieurs, on va avancer car Marie est fatiguée ».
Il est 20h, la réunion se terminera à 21h, après 4 heures de blabla. Mais cette assemblée d’hommes congolais (médecins, personnalités locales en tout genre) n’en reste pas moins attentionnée envers moi et cela m’attendrit.
Et puis, je stresse pour rien : 5 jours pour préparer un grand évènement, c’est amplement suffisant pour assurer la réussite comme le dira la suite.
Moi petite française qui imagine que tout doit être bien planifié, organisé, les taches réparties et le programme bouclé 2 semaines à l’avance pour pouvoir gérer les imprévus…
Que nenni.
Ici, on fait tout au dernier moment, on fait de son mieux, et hakuna matata ! Et le pire c’est que les choses se démêlent d’elles mêmes le jour même… (Notez au passage les allitérations)
Les invitations officielles sont envoyées le jour même mais les invités sont là, les T-shirts sont finis dans la nuit, on trouve 3 voitures et un bus le jour même, etc, etc…
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J’ai l’impression d’être aux scouts, c’est rigolo !
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Enfin voilà, c’était intense, j’ai appris plein de trucs, rencontré plein de gens supers qui s’impliquent dans des projets et qui ont envie de faire avancer leur pays, et nous avons tous été d’accord pour dire qu’on avait quand même fait du bon boulot !
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En tout cas, voici les images !
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Lydie, Paule et Mireille, les 3 fées qui m’ont bien aidé dans la partie technique
(Achat et impression des casquettes, T-shirts et banderole, mobilisation des pairs éducateurs et dégotage d’un bus, armement des postes de santé de la mine en rubans rouges pour les travailleurs et T-shirts pour les infirmiers…)
La Marche de l’espoir partant de trois point différents pour converger vers la place Fatima.
Ambiance dans les rues !!
Une partie des représentants de notre entreprise : les travailleurs sont aussi fière de porter le logo de l’entreprise que de participer à cette marche.
Dave (mon Directeur) et moi étions les seuls blancs de la manifestation
Pourtant, on a entendu parler des Bazungu pendant plusieurs jours après sur les radios locales !
Sur la Place Fatima, on pouvait compter 4000 personnes ! Si c’est pas une réussite ca ?!
Je vous l’accorde, tout le monde ne savait pas pourquoi il était là... Mais cela éveille les curiosités, surtout celle des ados :
« Madame mais c’est moins bon avec la capote ! »
« Mais comment on attrape le Sida ? »
« Qu’est ce que vous nous conseillez pour pas attraper le Sida ?»
« L’abstinence c’est le meilleur moyen »
« Vous avez qu’à nous donner des médicaments pour pas attraper le Sida ! »
Expliquer tout ca en marchant à une foule de grand dadés qui se pressent autour de moi, brandissant leur magnétophone, ou me lançant des mots en japonais ou chinois, c’est assez rigolo mais je me rends compte du manque d’information de ces jeunes…
Maman Paule et Maman Lydie
“C’est les grosses mamans là qui ont le Sida!! (une jeune dans la rue)
- Oui ! on en a plein !! (Lydie…)
Après la manif, le Staff d’organisation, le Gouverneur et les autorités locales ont partagé un repas avec l’association des personnes vivant avec le VIH (au passage, toute aide leur serait bien venue, mais je vous reparlerai de cette association)
Sur le podium, j’ai moi aussi prononcé mon petit discours pour représenter les mines ! Et je suis passée à la radio et tout!!
Dans mon discours, j'ai dit que Kolwezi avait de la chance, car sa population est mobilisée et cela évitera peut être les catastrophes que connaissent certains autres régions africaines...
Wafwako!
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